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Bonne

Nouv.elle

!

— La parole inclusive du dimanche,
Du premier dimanche de l’Avent au dimanche de Pâques, un.e invité.e nous donne à entendre l’homélie dominicale.

S3 Episode 4

19/12/2021 – 4e dimanche de l’Avent

Lecture de l’évangile : Marina

Homélie : Odile Flichy

Et sur Anchor.fm, Spotify ou d’autres plateformes de podcasts.

Textes du jour

Mi 5, 1-4a
PS 79
He 10, 5-10
Lc 1, 39-45
(Lire les textes sur aelf.org)

Le texte de l’homélie

« Ce temps-là », c’est celui de l’annonce qui vient d’être faite par l’ange du Seigneur à Marie, cette jeune fille de Galilée qui, sans hésiter, se déclare « la servante du Seigneur ». Telle Abraham, après ce « oui » de confiance au dessein de Dieu sur elle, immédiatement, elle se prépare à partir. Pourtant, à elle, Dieu n’avait pas dit de « quitter son pays » ! Comme si le simple fait de dire « oui » à Dieu mettait en route ! Comme si cela donnait envie de tout de suite partager ce moment décisif avec d’autres, en particulier avec ceux ou celles dont on se sait proche d’une manière ou d’une autre.
En l’occurrence, Marie se rend chez une vieille cousine à elle, Élisabeth, la femme du prêtre Zacharie. Contrairement à son mari, incrédule lorsqu’il entend l’ange Gabriel lui annoncer la naissance d’un enfant, Élisabeth a su reconnaître dans sa grossesse inespérée l’agir miséricordieux de Dieu. Zacharie, tout prêtre qu’il était, aurait pu, en effet, se souvenir que lorsque Dieu annonce à un couple stérile une naissance miraculeuse, sa promesse se réalise toujours. De ce fait, il n’avait pas à mettre en doute la parole de l’ange. Avec Marie, c’est précisément la confiance en la parole de l’ange, cette foi dont a manqué Zacharie, qui entre dans la maison du prêtre. Et avec la visite de Marie à Élisabeth, cette foi vient à la rencontre de celle qui garde en mémoire la fidélité indéfectible de Dieu envers son peuple. Ainsi, dans la rencontre de ces deux femmes, c’est le visage même de Dieu qui se dessine et qui nous rejoint.
En écho à la salutation de l’ange Gabriel à celle qu’il disait « comblée de la grâce de Dieu », Marie, à son tour, salue celle dont elle a appris, de la bouche de l’ange, que l’œuvre de Dieu est déjà accomplie en elle. On ne sait pas ce que Marie dit à sa cousine mais on sait qu’il ne s’agit pas d’une simple formule de politesse ! Car cette salutation, sur laquelle le récit insiste à trois reprises, a un effet totalement inattendu. Comme pour signifier que l’essentiel se joue non dans les mots mais dans l’écoute de ce que Marie vient signifier à Élisabeth de la part de Dieu. Ce qu’elle entend va bien au-delà des mots. Cela l’atteint au plus profond d’elle-même, jusque dans le « coup de pied » subit et violent que lui décoche dans le ventre le bébé qu’elle porte. Et tout se passe comme si cet enfant – dont on sait qu’il a été « rempli d’Esprit Saint dès le sein de sa mère » (Lc 1,15) – lui donnait d’être à son tour remplie de l’Esprit de prophétie et de proclamer le mystère qui vient de lui être révélé. Le « grand cri » qu’elle pousse traduit bien le fait que les paroles qu’elle va prononcer sont bien plus qu’une réponse à la salutation de Marie. Ce que l’Esprit Saint fait jaillir de son cœur est une exclamation joyeuse, un cri d’action de grâce pour l’œuvre divine en Marie.
Telle une prophétesse de l’Ancien Testament, Élisabeth déclare à Marie que Dieu l’a bénie, comme il avait béni Abraham et Isaac ! Cette bénédiction, qui salue en elle « la plus bénie de toutes les femmes », relève de l’inédit et constitue un défi pour la culture patriarcale de l’époque. En effet, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, c’est à une femme, Marie, la mère de Jésus, que Dieu accorde la bénédiction donnée jusque-là à Abraham, père de d’Isaac et à Isaac père de Jacob.
Dieu a béni Marie dans l’enfant qu’elle porte, cet enfant dont Élisabeth sait qu’il est le « fruit » de l’Esprit saint, le « Seigneur », dont la venue est, par anticipation, célébrée par son propre enfant. Cependant, toute prophétesse qu’elle est, Élisabeth n’en reste pas moins une femme « ordinaire », émerveillée, étonnée, dépassée par ce qui lui arrive : « Pourquoi cela m’est-il donné à moi ? » ! C’est de sa bouche que nous entendons la première béatitude de l’Évangile : Bienheureuse est celle dont la foi en la Parole de Dieu a permis que Dieu accomplisse la promesse faite au roi David de lui donner un descendant qui règnerait « pour toujours », pour qui il serait « un père » et qui serait pour lui « un fils » (2S 7,14).
J’aime voir en Élisabeth le visage de tous ceux, femmes et hommes « ordinaires », à qui Marie vient rendre visite en ce dernier dimanche de l’Avent et qui, à leur tour, entendant la salutation de Marie, sont remplis d’allégresse et s’émerveillent du mystère de Noël qui leur est donné de vivre.

Odile Flichy

Mère et grand-mère, professeur de lettres classiques, l’étude de la théologie l’a passionnée et conduite à enseigner pendant 30 ans le grec et l’exégèse du Nouveau Testament au Centre Sèvres.