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Bonne

Nouv.elle

!

— La parole inclusive du dimanche,
Du premier dimanche de l’Avent au dimanche de Pâques, un.e invité.e nous donne à entendre l’homélie dominicale.

Episode 22

09/04/20
Jeudi Saint

Lecture de l’évangile : Marie Perier

Homélie : Jean-Michel Dunand

Et sur Anchor.fm, Spotify ou d’autres plateformes de podcasts.

Textes du jour

Ex 12, 1-14
Psaume 115
1 Co 11, 23-26
Jn 13, 1-15
(Lire les textes sur aelf.org)

Le texte de l’homélie

En ce jour, en méditant cet Evangile, nous assistons au démantèlement du système religieux.
En effet, le système religieux s’effondre sous nos yeux lorsque Jésus, visage vulnérable de Dieu, est à genoux devant l’humanité pour faire le geste de la servante (il prend ici la place de la femme méprisée), le geste du lavement des pieds.
Souvent je pense à ces paroles de Maurice Bellet :
“Comment sortir évangéliquement d’un langage religieux qui a usé le langage de l’Évangile jusqu’à le discréditer ? Je vois deux possibilités. La première fait appel à la création poétique (au sens le plus large du terme) pour réveiller la parole endormie et lui insuffler une force nouvelle. La seconde consiste à recourir à un langage décalé : à dire les vérités de l’Evangile sur un registre inattendu, non piégé par le registre religieux, de manière à susciter une écoute libérée des préjugés habituels.
Si nous continuons à débiter des discours pieux qui ne parlent plus aux femmes, aux hommes d’aujourd’hui, c’en est fini de l’Évangile”.
C’en est fini de l’Evangile, car l’Evangile est attendu, non comme un discours de piété, non comme une morale, non comme une histoire gentille et un peu dramatique de la vie de Jésus, mais comme une source vivifiante, une source d’eau vive.
Jésus nous surprend ici sur un registre inattendu.
Il me fait penser aux porteurs de la civière, dans un autre passage de l’Evangile.
Ces porteurs de la civière ne capitulent pas. Ils inventent des chemins nouveaux, ils créent d’autres passages.
Ce qui se produit alors est l’inattendu : l’humanité se relève!
Là se trouve sans doute la raison profonde qui pousse notre Communion Béthanie a accueillir cet Evangile comme le fondement même de notre démarche en Eglise.
Il est évident que le lavement des pieds est bien plus qu’un logo pour nous!
Il en est la nappe phréatique, il en est la source.
En effet, notre fraternité de prière, œcuménique, au service de toutes, de tous et en particulier au service des personnes homosensibles et transgenres, souhaite vivre l’inattendu.
Nous désirons porter une parole neuve et inédite.
Nous désirons annoncer à l’Eglise son besoin d’être construite aussi par celles et ceux qui s’en croyaient exclu.
En effet, après des siècles de mépris à l’encontre des personnes homosensibles et transgenres, nous souhaitons vivre et dire une parole d’estime.
Le mépris témoigne presque toujours d’une méprise profonde sur les personnes et leur vécu.
L’estime, en revanche, ouvre une proximité, une humble intimité avec ce que les personnes vivent.
Jésus n’a jamais méprisé personne, pas même ses ennemis…
Jésus ne me méprise pas.
Jésus me regarde par le bas.
Jésus me contemple, son regard sur moi est toujours celui d’un enfant émerveillé.
Son regard sur moi est celui d’une profonde estime.
Jésus me lave les pieds comme pour me murmurer : ton corps est beau, ton affectivité, ta sexualité sont belles, ton cœur est beau.
Tu es ma joie!
Tu es mon intime, mon ami, tout le reste est “jus pieux” et épouvantails religieux!
Je partage la béatitude de Jésus si, moi aussi, je lave, les pieds des autres.
Je ne veux pas me transformer en carpette sous les pieds des autres.
Je souhaite leur laver les pieds pour devenir icône.
Une icône, c’est, me semble-t-il, une image qui renvoie à plus profond qu’elle-même.
Je désire être une icône qui murmure à chacune, à chacun : “Tout être est beau puisqu’il vient du désir de Dieu”.
Laver les pieds des autres, c’est peut-être, écouter cette personne transgenre, amie de notre Communion Béthanie, sans rien dire, sans réponse théologique et anthropologique toute faite, lorsqu’elle me confie :
“Je me sens en prison dans mon propre corps et sous ce ciel qui me paraît être un immense barreau.
Je pleure au point de ne plus rien voir avec la quantité de larmes.
Je me tords de douleur mentale.
Je ne sais plus quoi faire.
Je veux juste sortir de ce corps qui est mon tortionnaire”.
Si je ne lave pas les pieds de cette personne transgenre, par l’écoute, par la bienveillance, par la vulnérabilité, par la prière qui engage à aimer,
“c’en est fini de l’Evangile”…
Aujourd’hui, beaucoup se présentent comme experts.
En Communion Béthanie, nous ne sommes pas experts de la transidentité, de l’homosensibilité.
Nous désirons, je désire être au plus près de ce que les personnes vivent, dans une réelle et profonde estime, sans tout comprendre de ce qui se vit dans leur corps, leur âme, leur esprit, leur cœur.
Cette proximité exigeante me donne d’expérimenter qu’il est toujours trop tôt pour juger quelqu’un, me donne de vivre cette expérience profondément humaine et donc profondément spirituelle :
Jésus contredit l’instinct le plus répandu, celui qui consiste à s’affirmer en dominant l’autre.
Jean-Michel Dunand
Adjoint en pastorale scolaire au lycée Notre Dame de la Merci à Montpellier. Fondateur de la Communion Béthanie, fraternité de prière oecuménique au service de toutes et de tous, au service, en particulier des personnes transgenres et homosensibles. Auteur du livre-témoignage : “Libre. De la honte à la lumière”. Presses de la Renaissance. Préface de soeur Véronique Margron op.